La Chambre fonde son savoir et son expertise en matière de sécurité aquatique sur les résultats d'études « indépendantes » menées par le Mulier Instituut. Mais quel est le degré réel d'indépendance de cet institut, et à quel point les intérêts de ses dirigeants sont-ils enchevêtrés ?
Le Mulier Instituut réalise sur commande des études portant sur des sujets variés. Il s'est ainsi penché à plusieurs reprises sur le secteur des piscines et sur la sécurité aquatique. Un exemple : l'impact financier de la Covid-19 sur le secteur des piscines. Les pouvoirs publics se sont d'abord appuyés sur les calculs du Mulier Instituut. Cette étude a été réalisée à la demande du ministère de la Santé, du Bien-être et du Sport (VWS). À l'insistance de la Vereniging Sport en Gemeenten (VSG) et de la Nationale Raad Zwemveiligheid (NRZ), elle s'est limitée aux piscines municipales et au patrimoine immobilier communal. Or, dans bien des cas, ces piscines municipales étaient exploitées par des acteurs commerciaux et cotés en bourse.
Les calculs ont abouti à un montant d'environ 180 millions d'euros de préjudice pour la première période. C'est sur cette base qu'est né le dispositif de soutien Specifieke Uitkering IJsbanen en Zwembaden (SPUKIJZ). Ces 180 millions étaient loin de suffire pour un secteur qui comptait aussi de nombreux acteurs commerciaux. Les piscines commerciales n'ont pas pu bénéficier de ce dispositif. La VSG a renvoyé ces sinistrés vers les dispositifs de soutien existants au titre des PME. Pour les piscines commerciales, ces aides étaient largement insuffisantes. Pour les piscines publiques, il s'agissait d'un soutien financier supplémentaire, qui venait s'ajouter aux subventions qu'elles percevaient déjà.
Venons-en à la NRZ ; via la Chambre de commerce (Kamer van Koophandel), toute une porte d'informations s'ouvre. On y découvre des membres du conseil d'administration qui ne figurent pas sur le site, et l'on y trouve plusieurs situations de « double casquette ». Aujourd'hui, coup de projecteur sur le président de la NRZ : Johannes (Jan) Rijpstra. Sa fonction principale est celle de bourgmestre de la commune de Smallingerland. Cette commune regroupe plusieurs localités, dont Drachten.
La commune de Smallingerland travaille depuis un certain temps déjà à la préparation et à la construction d'une nouvelle piscine. Le Zwemcentrum de Welle sera un centre vert et durable, dont l'objectif, en collaboration avec la Koninklijke Nederlandse Zwembond (KNZB), est de devenir un pôle de sport de haut niveau et de développement des talents dans le nord du pays. Pour ce projet, la province a débloqué une subvention supplémentaire de 10 millions d'euros. Le coût total est estimé à plus de 20 millions d'euros. Il est tout de même remarquable que, dans la plupart des grandes villes, on serre les cordons de la bourse dès qu'il s'agit de construire une piscine, alors qu'ici tous les moyens sont mobilisés.
La fonction annexe du bourgmestre y serait-elle pour quelque chose ? Ce qui est frappant, en tout cas, c'est que deux membres du conseil d'administration de la KNZB siègent au conseil de la NRZ. Les circuits courts sont ici bien faciles à établir.
Passons à l'autre fonction de Jan Rijpstra ; outre celle de président de la Nationale Raad Zwemveiligheid, il est également membre du conseil de surveillance du Mulier Instituut. Or il se trouve que c'est précisément ce bureau qui réalise toutes sortes d'études pour le ministère du VWS, là où se prennent les grandes décisions ! Quand on analyse la période de crise sanitaire écoulée, ce sont surtout les grandes fédérations et organisations d'intérêts (subventionnées par le ministère du VWS sous la houlette de la VSG) qui ont brillé par leur absence lorsqu'il s'agissait de véritable sécurité aquatique. De grands discours, beaucoup de réunions Zoom au sein de groupes de discussion secondaires, mais les décisions se prenaient derrière le bureau.
La sécurité aquatique aux Pays-Bas est aujourd'hui déterminée avant tout par des personnes qui, comme je l'ai souligné, semblent poursuivre d'autres intérêts que ceux pour lesquels les fédérations et associations d'intérêts ont été créées. N'est-il pas temps que La Haye ouvre les yeux et tende enfin l'oreille vers le terrain lui-même ? La sécurité aquatique nous appartient à tous et concerne chacun d'entre nous ; nous devrons tous y apporter notre pierre. Pour y parvenir, quelques vaches sacrées devront tomber. Je commencerais par le président.
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