Dans sa chronique du 7 mars parue dans Trouw, Pepijn Keppel plaide avec force pour le rétablissement de la natation scolaire obligatoire. Son raisonnement — la hausse du coût des cours de natation et la fermeture des piscines contribuent à une augmentation des noyades, et la natation scolaire serait la solution — paraît logique. Mais il est aussi un peu expéditif. Il fait l'impasse sur la réalité du système éducatif actuel, où la pression sur les écoles primaires est déjà énorme et où de nouvelles obligations relèvent de l'illusion.
📚 La réalité de l'enseignement face aux vœux pieux
L'enseignement primaire actuel est saturé de matières obligatoires : calcul, langue, éducation à la citoyenneté. Ces matières s'accompagnent d'un volume horaire imposé que les écoles doivent respecter, et il fait déjà l'objet d'âpres négociations en raison des pénuries de temps d'enseignement et de personnel. La natation scolaire ne signifie pas seulement du temps de cours supplémentaire, mais aussi du temps de trajet, du temps pour se changer et toute une organisation pratique. Le total peut grimper de 100 à 180 heures par année scolaire. Ce temps doit bien être pris quelque part — et cela suppose de rogner sur des matières essentielles dans lesquelles de nombreux enfants accusent déjà du retard.
🔍 Le problème de l'approche classique
L'approche classique de la natation scolaire part du principe que les élèves se rendent en groupe à la piscine, se changent, suivent un cours de natation et retournent à l'école. C'est un cauchemar logistique pour les établissements, et cela rend en outre le temps passé dans l'eau inefficace. L'apprentissage de la natation doit être efficace et ciblé. Or, plusieurs études démontrent que les enfants ne profitent réellement des cours de natation qu'à une fréquence plus élevée que les cours hebdomadaires ou bimensuels traditionnels de la natation scolaire.
🏊 Le nombre d'heures nécessaires pour obtenir un brevet de natation
Les recherches montrent que l'obtention d'un brevet de natation exige un nombre d'heures considérable. En moyenne, l'obtention du brevet A demande 51 heures effectives, soit 68 leçons de 45 minutes. L'obtention du brevet ABC complet coûte en moyenne 84 heures effectives, soit 112 leçons de 45 minutes.
Si l'on propose la natation scolaire une seule fois par semaine, cela signifie qu'un enfant a besoin de près de deux années scolaires rien que pour décrocher le brevet A, puisqu'une année scolaire ne compte que 41 semaines de cours. Sans parler des vacances scolaires qui interrompent la continuité à répétition. Pour obtenir un effet suffisant, un enfant devrait en réalité nager deux fois par semaine. Quant au brevet ABC complet, un enfant devrait participer à la natation scolaire pendant plusieurs années scolaires. C'est tout bonnement irréalisable dans le système éducatif actuel.
⏳ Perte de temps et impact sur l'enseignement
De plus, beaucoup de temps se perd autour des cours de natation. En comptant un temps de cours de 45 minutes, deux fois quinze minutes pour se changer et deux fois dix minutes de trajet, une séance de natation représente au total 95 minutes. Cette perte de temps se fait directement au détriment des autres matières de l'enseignement primaire.
✅ Le congé pour cours de natation, une alternative réaliste
La Nederlandse Stichting Water- & Zwemveiligheid (NSWZ) souhaite également donner la parole à l'enseignement primaire sur la question de la natation scolaire, et envoie donc cette semaine une enquête à 7 000 écoles primaires. Cette enquête doit permettre de clarifier l'impact qu'aurait la natation scolaire sur l'enseignement ordinaire. Les résultats seront transmis à la Tweede Kamer et pourront servir dans la prise de décision ou de point de départ à une étude complémentaire menée par les pouvoirs publics. Par ailleurs, la NSWZ défend depuis longtemps une alternative : le congé pour cours de natation. Les parents ont la possibilité de faire suivre à leurs enfants un cours de natation hebdomadaire pendant les heures d'école, sans que cela ne se fasse au détriment du programme scolaire.
👶 Pourquoi le congé pour cours de natation fonctionne pour les jeunes enfants
Le congé pour cours de natation s'appliquerait aux enfants des classes 1 et 2 (groep 1 et 2), avec un âge de début des cours de 4 ans (groep 1) et 5 ans (groep 2). Ces jeunes élèves ne sont pas encore capables de se changer seuls avant et après le cours de natation, ce qui signifie qu'ils ont toujours besoin d'un accompagnement. Cela rend l'octroi d'un congé pour cours de natation plus simple sur le plan pratique, car les classes maternelles disposent d'un emploi du temps plus souple et les absences ont un impact moins négatif sur le développement des apprentissages.
À partir de la classe 3 (groep 3, âge de 6-7 ans), les enfants deviennent suffisamment autonomes pour se changer seuls, mais l'accompagnement jusqu'à la piscine reste indispensable. Les enseignants sont habilités à accompagner les élèves à la piscine et à en revenir, mais ils ne sont pas autorisés à aider les enfants à se changer. Les écoles dépendent donc de parents accompagnateurs pour assurer cette tâche. En outre, la classe 3 est nettement plus exigeante que les classes 1 et 2, tant par le contenu que par la charge de travail. Manquer du temps de cours dans cette classe a donc un impact bien plus négatif sur les résultats scolaires.
En réservant le congé pour cours de natation aux plus jeunes élèves, l'enseignement dans les classes supérieures reste préservé, tandis que les enfants ont malgré tout la chance d'apprendre à nager de manière efficace. C'est une situation gagnant-gagnant pour les enfants, le secteur de la natation et l'enseignement primaire. Cette proposition fait actuellement l'objet d'une étude et sera présentée sous forme de recommandation à la Tweede Kamer.
💰 L'argent n'est pas le problème, mais l'approche l'est
Keppel affirme à juste titre que les Pays-Bas disposent d'assez d'argent, au vu de la récente bonne surprise budgétaire de 8 milliards d'euros. Mais se contenter d'allouer des fonds à une obligation qui alourdit la charge de l'enseignement, sans preuve d'une plus grande efficacité, ne suffit pas. La Nederlandse Stichting Water- & Zwemveiligheid (NSWZ) souligne qu'il faut d'abord définir clairement les priorités. Les cours de natation sont sans conteste une priorité, mais avant d'y consacrer de l'argent, la recherche et l'expertise doivent d'abord déterminer comment ces moyens peuvent être dépensés à bon escient.
La NSWZ plaide pour un réexamen des dispositifs de subvention et des indemnités d'exploitation actuels, en particulier pour les piscines municipales et semi-commerciales où la commune fait office d'exploitant ou de propriétaire des locaux. Cela permettrait de mieux mobiliser l'argent public pour encourager les cours de natation. Il existe par ailleurs un troisième groupe, loin d'être négligeable : les écoles de natation et piscines commerciales. Celles-ci échappent souvent à la plupart des dispositifs de subvention et doivent donc répercuter directement l'ensemble des coûts, hausse des charges comprise, sur leurs clients. Cela crée des déséquilibres inéquitables dans la structure de coûts des cours de natation.
🎯 Conclusion
Le plaidoyer en faveur de la natation scolaire découle d'une préoccupation légitime pour la sécurité aquatique, mais il n'est pas mûrement réfléchi dans le contexte de l'enseignement primaire d'aujourd'hui. Il exige un investissement en temps considérable et se fait au détriment de matières essentielles. La NSWZ propose une alternative plus réaliste et plus souple, qui renforce la sécurité aquatique sans alourdir davantage l'enseignement. Il est temps non plus seulement de réclamer le changement, mais de se pencher réellement sur des solutions applicables.
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Source :
Article Trouw du 7-3-2025 : https://www.trouw.nl/sport/verplicht-het-schoolzwemmen-voordat-de-dijken-breken~bac345c3/
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